La jouissance, Un roman européen

Florian Zeller

Gallimard

  • 7 novembre 2012

    Roman "sur" l'amour et autres histoires d'association !

    Un roman, l'histoire d'un couple, Nicolas et Pauline, trentenaires, et un narrateur bienveillant : comment une relation de couple évolue-t-elle quant au désir ? Et si jouir de tout semble contradictoire avec la vie de couple, Nicolas va devoir regarder ses parents autrement et ses propres desirs afin de décider s'il peut encore jouir de la vie comme il le voudrait ...

    Que faire ? Les normes, habitudes et clichés sont-ils pour lui ? Quand doit-on décider de respecter ses désirs ? Avoir un enfant inverse-t-il tout pour Nicolas ?

    Florian Zeller a composé ici son 5ème roman, à l'écriture soignée, sous-titré "roman européen" car, en toile de fond, il met étonnamment en parallèle ce couple, la Liberté et la construction/déconstruction de l'Europe !

    Florian Zeller interpelle quelque peu le lecteur sur la mise-en-péril : peut-on renoncer au renoncement ? A vous de voir ... L'ineptie serait peut-être de ne plus y penser une fois refermé ce roman !


  • 25 octobre 2012

    génération (é)perdue

    Tordons tout d'abord le cou aux critiques qui disent pis que pendre du nouveau Zeller. Trop ceci, trop cela, pas assez ceci, pas assez cela. Des jaloux, voilà tout… Des vieux sans doute, sourds aux cris des trentenaires dont l'auteur de "La Jouissance" se veut l'ambassadeur. Jeune Quadra, j'y ai pour ma part entendu l'écho des miens et le fracas de mes questionnements.

    Car la question centrale posée par ce court roman est d'importance. "Je me demande si le fait d'avoir des enfants n'implique pas la destruction immédiate du couple" (p. 131). Cette question glissée à l'oreille de Nicolas par son copain Pierre est comme un ver introduit dans le fruit. Elle va le miner pendant les derniers mois de sa relation avec Pauline, rendant la fin quasi-inéluctable.

    "Sommes nous devenus trop égoïstes pour supporter tout ce que cela implique ? Avons nous complètement perdus le sens du sacrifice ? Sommes nous désormais écrasés par la tyrannie de la jouissance ?" (p. 131), se demande à son tour Nicolas.

    Nicolas se pose moultes questions, qu'il laisse tourner en boucle dans sa tête, Nicolas doute, Nicolas à peur, Nicolas cherche le réconfort dans d'autres bras et se met dans de beaux draps. Alors oui, c'est vrai, Nicolas et Pauline n'ont pas beaucoup d'étoffe, les personnages ne sont pas aussi fouillés qu'ils pourraient être, mais quelle belle langue habilement maniée, quelles audacieuses digressions. Si le parallèle entre le couple franco-allemand et le couple formé par Nicolas et Pauline n'est pas toujours pertinent, l'évocation de certaines pages de Michel Leiris ou l'enthousiasme d'un Jean-Paul Sartre se proposant de réinventer le couple font mouche. C'est malin, souvent drôle, parfois léger et toujours surprenant.

    La lecture de La Jouissance procure cette impression de première fois, à la fois légère et teintée de gravité. Si singulière pour l'individu et en même temps tellement anecdotique à l'échelle de l'espèce. Nicolas et Pauline "ont le visage de leur époque, et ils sont seuls" (p. 159), face à cette tyrannie de la jouissance à laquelle les papillons trentenaires se brûlent les ailes et succombent parfois.